Pourquoi il est difficile d’être entrepreneur en France

1. Decide to start 2. Just F******g Do It !!!

En voilà une bonne question ! J’aurais pu d’ailleurs faire un post à rallonge, avec une dizaine de raisons dans chacun, tellement le sujet peut sembler inépuisable.

Mais non, pour une fois, je vais faire dans le bref. Il n’y a pas des milliards de vraies raisons qui font que c’est compliqué d’être entrepreneur, et les impôts, l’existence ou non des JEI, la législation, le code du travail, le manque (?) de financement, les banquiers aveugles, tout ça tout ça, ne sont pas de véritables raisons : c’est l’environnement, donc exogène.

Je le répète, parce que ça m’agace, et de manière très clair : il faut arrêter de se plaindre de l’environnement, ce ne sont que des contraintes et justement le propre du vrai entrepreneur, c’est de se jouer des contraintes. Alors, oui, c’est difficile de créer, mais pas plus que dans plein d’autres pays, même en Europe.

Selon moi, voilà par contre les vraies raisons, où on est très mauvais à mon sens :

  • L’éducation ne laisse pas la place à l’expérimentation de l’échec. Toute la scolarité est basée sur du « Pass or Fail », et pas sur du « Fail for Pass » (pour les non anglophones, se planter pour avancer).
    La meilleure des pédagogies devrait être, au moins dans une grande partie des cours, de tester, tester, tester, jusqu’à être capable de comprendre pourquoi on s’est planté et d’être plus ouvert à la théorie. Du coup, il n’y a aucune prime à la curiosité, puisque l’on ne suit plus les jalons qui ont été placés par les profs et les programmes.
    Et du coup c’est une honte d’échouer. Alors que, vous êtes bien d’accord avec moi, la vraie honte devrait de ne pas avoir essayé.
  • Les gens sont a priori négatifs. Ça ne marchera jamais, c’est trop compliqué, il n’y a pas d’argent, le risque c’est mal et se planter c’est pas bien… Les gens voient souvent le verre à moitié vide. Alors que, quand même, il y en a des gens qui réussissent ! Combien de (beaux) projets en puissance sont morts par défaitisme ambiant ? Alors que se lancer, c’est un acte de foi avant tout. Une fois qu’on est lancé, là, ça devient du boulot, beaucoup de boulot, mais un peu de positivisme aiderait énormément.
  • On n’a pas assez le sens commercial, et plus largement, du service. Si je voulais être méchant, je dirais qu’en France, quand on n’a pas de boulot, on est chômeur. Dans d’autres pays, quand on n’a pas de boulot, on devient commercial indépendant, et on se lève le matin pour aller vendre des trucs. Et en plus, on fait tout pour que le client soit satisfait, parle de nous à son entourage, recommande et re-commande. Et des fois, on devient bon, on apprend à comprendre ce qui se vend et pourquoi, et on écoute ses clients. Voir on monte des business.
  • On ne se dit pas assez la vérité. On ne veut pas froisser, alors on se cache un peu et on dit que « oui c’est très bien, continue, c’est génial ». C’est un point que j’ai abordé déjà ici, alors je ne reviens pas trop dessus. Et c’est très lié à la perception de l’échec, certes. Mais si très rapidement on donnait du vrai feedback,
  • On ne pense pas encore assez « écosystème ». On est un peu en silo : les BA / VC semblent inaccessibles facilement (avec combien d’entre eux buvez-vous des bières, sans complexe ?), les ingés/dév regardent les commerciaux en chiens de faïence, les incubateurs sont en concurrence et se parlent peu, les entrepreneurs « successful » n’endossent pas toujours leur responsabilité de booster les petits jeunes, etc. Dans tous les endroits de la planète où l’entrepreneuriat explose (et il faut vraiment arrêter de n’avoir que le modèle de la Silicon Valley en tête), il y a beaucoup plus de lisibilité dans toute l’offre existante.

Je me fendrai prochainement d’un post contenant plus de propositions, là je vois bien que je fais un peu cracheur dans la soupe. Mais je suis très preneur de votre avis !!! Donc direction quelques pixels plus bas dans les commentaires, la discussion est ouverte, que diantre !

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26 réponses à “Pourquoi il est difficile d’être entrepreneur en France”

  1. On doit tous vivre la même chose, mais que fait-on pour que cela change ? Personnellement je m’élève contre ceux qui ont ce discours pass or fail, ou cet état d’esprit négatif, ou qui la joue perso et ne travaillent pas pour l’écosystème, mais à force ça épuise.

    Si quelqu’un a une recette pour pouvoir affronter ça sans avoir l’impression d’y perdre son énergie !

  2. Bonsoir Guilhem,

    Je pratique le  » fail for pass  » malheureusement, je me sens un peu seul dans sa mise en oeuvre. Ceci dit j’avance quand même. Concernant le sens du service, tu as certes été comme un bourrin, mais c’est symptomatique de la mentalité ambiante. Concernant l’écosystème, nous sommes en France l’un des rares pays, le seul dans les pays développé à ma connaissance, a pratiqué le socialisme, voire le communisme, du 19ème siècle et la lutte des classes. L’exemple des grèves à répétition en est la preuve vivante.

    Ce n’est pas difficile d’être entrepreneur en France, il faut simplement penser petit. Dans le cas contraire, il est plus facile de se développer hors de France.

    • @Vincent B: Mais non, je n’y suis pas allé comme un bourrin, je trouve être assez sage justement, et en-deçà de la réalité :) Par contre, loin de moi l’idée (ou l’envie) de relier ça à de la politique, je pense que ce n’est absolument pas lié…

  3. L’apriori négatif est vraiment quelque chose que l’on note à de très nombreuses reprises. Je me demande même si derrière ce n’est pas plutôt la peur du succès de l’autre. C’est affolant, j’ai eu droit à des remarques du genre « regarde eux ils se sont plantés, alors qu’ils ont levé 8M€, alors t’imagines… » Oui ok, mais leur service n’a strictement rien à voir. Bref, un pessimisme affligeant. Même si cela ne peut pas être un frein à la réalisation de son projet, si on l’a bien étudié et qu’on y croit, il est clair que ce n’est pas non plus une source de motivation, ni d’une grande aide. Je suis affligé par ce genre de remarques d’un intérêt proche du néant entrepreneurial, et je m’efforce de ne jamais le reproduire quand on me parle de projets!

  4. Effectivement, outre les « contraintes » culturelles (peur de l’echec, pessimisme…) le manque de réflexion « écosystème » est problématique (contrairement a ce que peut dire Mme Kosciusko-Morizet http://www.denisesilber.com/silberblog/2010/10/denisesilber-nkm-interview.html)
    Il y a trop peu de liens en recherche technique des labos et savoir faire managérial des business school…nous avons les compétences très pointus dans certains domaines qui ne sont pas efficacement exploité…

  5. Tellement vrai…

    Concernant l’éducation, je trouve qu’elle se fait de manière très passive, on ingurgite pour régurgiter quelques jours plus tard sans expérimentation pratique. Le bourrage de crâne théorique ne laisse pas assez la place à la curiosité, à l’initiative et à l’entrepreunariat. Alors que ce serait probablement un meilleur moyen pour apprendre.
    Trop de disciplines imposées, pas assez de choix quant aux domaines dans lesquelles on souhaite vraiment s’investir. Je pense que cette passivité se répercute ensuite dans le monde du travail.

  6. Il y a aussi un manque de confiance évident. Le français a toujours l’impression de se faire arnaquer et se méfie de tout…

    « La société de la défiance », résumé :

    La France est engagée dans un cercle vicieux dont les coûts économiques et sociaux sont considérables. Depuis plus de vingt ans, des enquêtes menées dans tous les pays développés révèlent qu’ici plus qu’ailleurs, on se méfie de ses concitoyens, des pouvoirs publics et du marché. Cette défiance allant de pair avec un incivisme plus fréquent [...]
    En comparant les relations entre les performances économiques et les attitudes sociales dans une trentaine de pays du début des années 1950 à nos jours, Yann Algan et Pierre Cahuc montrent comment ce déficit de confiance réduit significativement l’emploi, la croissance et, surtout, l’aptitude des Français au bonheur.

  7. Je suis d’accord sur le fond mais j’apporterai un peu de nuance sur deux points.

    Le « fail for pass » et sans aucun doute meilleur que le « pass or fail ». Cependant, dit comme ca on pourrait croire que c’est une étape obligée…et clairement ca fait pas rêver. Et je rajouterai à ca que l’argument « on apprend de ses défaites » n’est pas si bon que ca. A priori si on a perdu c’est que ca a merdé…donc on peut savoir ce qui n’a pas marché. Mais ce n’est pas parce qu’on sait ce qui n’a pas marché qu’on connait ce qui marchera! Donc je suis convaincu qu’on a plus à apprendre d’une victoire. Il faut simplement avoir la présence d’esprit ou la lucidité de se poser la question. (J’ai été sportif de haut niveau, je compare beaucoup le sport et l’entreprise). C’est un jeu, il faut être un gagnant,accepter de perdre et se remettre en question après chaque match.

    L’autre point est plus un détail : tu dis que les ingénieurs regardent d’un mauvais œil les commerciaux (ou marketeux)…Je pense que le jours où ces deux categories arreteront de sous-estimmer la technique, la sortie de crise sera proche :) (On est d’accord il y a des exceptions partout).

    My 2 cents

  8. Guilhem,

    Me voila hors de france depuis maintenant 11 ans donc peut etre que mon avis est decalé.
    Je travaille sur l’entrepreneurship au mexique depuis 4 ans et je suis passioné par les entrepreneurs. Je trouve ta reflexion tres interessante et finalement globale (les points me semblent valables pour le mexique aussi par ex). Ne crois-tu pas que les conditions d’employé en France sont telles (vacances, securité sociale, securité de l’emploi, etc) qu’elles puissent freiner l’entousiasme d’un entrepreneur lorsqu’il se rend compte du risque et du sacrifice que cela implique?
    Trop de confort tue l’entreprenariat?

  9. Et moi j’ajoute un point que je vis au quotidien. Il est résumé par cette phrase sortie de la bouche de mon père:

    « quand je pense que tu aurais pu faire carrière chez XX »
    XX étant le grand groupe américain que j’ai quitté pour créer ma boite.

    Ma vision est qu’il est difficile d’être entrepreneur en France parce qu’on doit porter sur les épaules le poids du regard des autres…
    … et j’ajouterais que c’est encore pire quand on est une femme (allez expliquer à votre conjoint, aux maîtresses ou directrices de crèche que vous gérez votre temps (donc êtes potentiellement dispo pour un enfant malade ou une sortie scolaire), MAIS que vous avez beaucoup de boulot et des RDV importants

    J’ajouterais que le poids du regard de la société sur les patrons (tous véreux, exploitants leurs salariés et s’octroyant des salaires colossaux) n’aide pas non plus !

  10. @antoineguiral : Je suis d’accord sur la remise en question et que l’on apprend aussi de ses victoires. Chaque invention a nécessité de nombreux tests avant de réussir.

    Pour moi :

    Patience + Persévérance = Réussite ou
    Patience + Persévérance = Action avec Détermination

    Dans ces équations, l’échec fait parti de la réussite : j’appelle cela, acquérir de l’expérience.

  11. Ouai moi jdis faut faire greve!

    • @Aladin : complètement d’accord avec toi ! Le réaction première, de toute manière, de quiconque entend parler d’un projet devrait être « comment puis-je aider » puis creuser pour donner un avis un peu circonstancié !

      @Futur Entrepreneur : et on peut se poser la question de l’efficacité de la recherche dans les labos publics (une des meilleure au monde) mais qui peine à sortir du labo…

      @Thomas : ils proposent des choses pour redonner « confiance » ? Parce que là ça me paraît un peu philosophique…

      @antoineguiral : l’idée n’est pas de sous-estimer la technique ou le business/marketing/commercial, suivant les projets, ils n’ont pas la même importante. Non, le plus grave est plutôt que les deux mondes ne se parlent pas ou ne savent que très peu le faire. Pas assez de points de contacts donc…

      @Depond : Ah! la carrière et le nom d’une grande entreprise sur le CV… C’est vrai que ça et le diplôme ne rendent pas la tâche facile :)

      @Franck : on organise une grève d’entrepreneurs ? ;)

  12. Salut, je partage totalement ce point de vue, surtout pour les dimensions éducation, penser écosystème et le fait de ne pas voir grand!!

    Pour améliorer je pense que des initiatives comme le startup weekend (mélange de profils design, dév, commercial…) devraient faire partie intégrante de tous les cursus, toutes disciplines confondues (en étant adaptées selon les cas).

    Dès le primaire, on pourrait apprendre aux élèves à monter une association sur des domaines qui leur importe… au collège, on pourrait présenter l’histoire de grands entrepreneurs et de leurs échecs…

    ça me parait essentiel, à quand la prochaine réforme du lycée, de l’université… qui intègre ça…? j’ai vu que de nombreuses initiatives existent déjà, par exemple à la Sorbonne pour former les cursus littéraires…

    @SylvainTechizzle: complètement d’accord avec toi

    Bonne journée à vous

  13. Salut, je partage totalement ce point de vue, surtout pour les dimensions éducation, penser écosystème et le fait de ne pas voir grand!!

    Pour améliorer je pense que des initiatives comme le startup weekends (mélange de profils design, dév, commercial,…) devraient faire partie intégrante de tous les cursus, toutes disciplines confondues (en étant adaptées selon les cas).

    Dès le primaire, au collège, on pourrait apprendre aux élèves à monter une association sur des domaines qui leur importe… on pourrait présenter l’histoire de grands entrepreneurs…

    ça me parait essentiel, à quand la prochaine réforme du lycée, de l’université… qui intègre ça… j’ai vu que de nombreuses initiatives existent déjà, par exemple à la Sorbonne pour former les cursus littéraires…

    Bonne journée à vous

  14. « les incubateurs sont en concurrence et se parlent peu »

    +++ les incubateurs se tirent dans les pattes même… Dommage !

  15. Tous les éléments que tu cites sont vrais, j’en rajoute deux autres qui me semblent peut-être encore plus importants.
    1- Les français, globalement, n’aiment pas le changement. La nouveauté fait peur. Cela favorise le statut-quo et pénalise l’émergence de nouvelles sociétés innovantes.
    2 – Le marché intérieur est étroit. Il est statistiquement beaucoup plus facile de trouver ses 100 premiers clients de l’autre côté de l’atlantique.

  16. L’essentiel, l’essence du problème, est là et est bien résumé.

    Il y a aussi le poids social, le regard des autres, qui ne motive pas suffisamment. On peut soi même être prudent voire négatif (!), mais quand en plus les autres ne nous encouragent pas …

    D’expérience, quand j’évoque ma sortie du chemin traditionnel, on me regarde bizarrement …

  17. Je suis totalement d’accord avec toi.

    Un point également à rajouter qui a déjà été un peu mentionné : le fait de ne « rien faire » selon les autres personnes. Surtout quand on est entrepreneur chez soi. A croire que le fait de ne pas aller travailler CHEZ quelqu’un c’est ne pas travailler du tout…

  18. Ce qui est difficile est-ce d’entreprendre en France ou d’entreprendre quand on est Français? ;-)

  19. Selon moi la plus grande difficulté est les complexités administratives. Je détestes les dossiers, avoir affaires avec les administrations. En plus la plupart des informations entreprises ne sont pas bonnes : On informe sur les impôts et les charges et les prestations sociales. Mais on en a rien à faire !! Ce qui nous intéresse, ce sont d’avoir des clients et de signer des affaires. Pour créer une entreprise il faut être vendeur.

    Et Trop de taxes sur le travail !!!!! 45% c’est trop.

    Je ne pense pas que seules les mentalités expliquent pourquoi c’est difficile.

    Avec l’autoentreprise maintenant chaque chomeur est une autoentreprise en puissance.

  20. Bonjour,
    Et bien moi, Madame, Monsieur, je ne me reconnais pas (complètement) dans ces difficultés ! Que ce soit comme entrepreneur chez Juste à temps ou comme business angel amorçage, on peut faire plein de choses en France. A ce sujet, savez-vous que Paris est la capitale la plus attractive d’Europe cf http://bit.ly/cSuqy7
    Cordialement.
    Patrick

  21. Tout à fait d’accord, particulièrement le point 3): le sens commercial !
    C’est essentiel et c’est le plus difficile pour moi…et je pense que c’est dû à l’éducation « judéo-chrétienne » à la française…On ne parle pas trop d’argent, vendre c’est pour les marchands de tapis…

  22. Tout à fait d’accord en même temps, devant tous ces obstacles qui vont en refroidir plus d’un , il y a donc forcément de belles places à prendre pour ceux qui seront vraiment motivés.

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