Ma toute première « création d’entreprise »

C’est marrant quand on parle avec des entrepreneurs, on arrive toujours à remonter à leur enfance et voir que, déjà, la plupart avait le sens du business. La plupart aimaient vendre des tickets de tombola, créer des objets, faire quelques actes de commerce, organiser un voyage ou un événement… Et finalement beaucoup ont ainsi développé leur sens du business, leur envie de liberté et ont surtout pris conscience de la capacité d’entreprendre et de mener à bien des (petits) projets.

D’ailleurs, c’est exactement ce processus qu’essaient de développer chez les jeunes des structures ou des actions comme Les Mini-Entreprises, Lucy&Valentin, l’ouverture de l’auto-entrepreneur chez les jeunes (- de 16 ans ? peut-être encore plus jeunes ?)…

D’où l’idée, et l’envie, de tenter de rédiger, au regard de toutes mes expériences depuis, un executive summary de ma toute première création d’entreprise (qui n’en était pas vraiment une). Appelons-ça plutôt une aventure/découverte business. Je vous invite d’ailleurs, si le coeur vous en dit, à faire de même avec votre toute première tentative à vous :)

D’ailleurs, ce post est croisé avec

L'entrepreneuriat, ça commence à l'école ?

Lorsque j’étais en classe de troisième, donc, j’ai commencé à vouloir me faire un peu d’argent de poche… et après avoir tenté de chiner quelques objets dans les brocantes où je suivais mes parents, j’ai lancé mon propre business… En voici l’executive-summary :)

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TeenShopping
« Devenir le téléshopping du collège » – Vendre aux collégiens des choses dont ils n’ont pas vraiment besoin…

Les collégiens ont de l’argent (en petite quantité), mais n’ont pas vraiment d’occasions de le dépenser entre 8h et 16h, horaires où ils sont en cours. Ils sont pendant ces horaires là relativement captifs, et reviennent tous les jours dans la salle de classe et l’établissement scolaire.

Les clients types de teenShopping sont donc des collégiens, de 4ème ou 3ème, qui ont obtenu de leurs parents un montant d’argent de poche qui commence à être intéressant. On notera encore, à cet âge-là, une grande distance entre filles et garçons (que les seconds tentent de minimiser de tous les moyens – ce sera à prendre en compte dans le business-plan). Il est facile de déclencher un acte d’achat, du fait de l’état de captivité des différents segments, en raison de leur capacité à se décider vite, et de la pression sociale qu’ils exercent les uns sur les autres pour « être dans le moule ». Ils sont donc en recherche de produits ou services adaptés à leur bourse, à leurs besoins, et qui les aident à s’identifier au groupe.

TeenShopping se propose donc de sélectionner puis de vendre des produits et services qui soient adaptés à la cible , directement sur le lieu des études, avant, pendant et après les cours. Chaque semaine donc, un produit sera mis en avant, un carnet de commandes ouvert, puis TeenShop livrera ses clients la semaine d’après, au même moment qu’un nouveau produit sera proposé. L’offre pourra aller de livres à des packs de bonbons, en passant par des jeux vidéos, des cassettes de films pour adultes, des couteaux papillons, des cigarettes, des briquets Zippos, du maquillage, des Tamagochis…

Le business-model de TeenShopping est simple puisqu’il s’agit d’achat groupé organisé avec marge entre prix d’achat et prix de vente :

  • Nous achetons, une fois qu’ils nous ont été commandés et payés, des produits en gros et bénéficions de prix plus intéressants. Lorsque cela est possible, nous passons par des fournisseurs peu regardant de la légalité de la chaîne amont et bénéficions ainsi de tarifs encore plus avantageux.
  • Nous gagnons donc sur le différentiel amené par 1/ la dichotomie d’information et 2/ le pouvoir de négociation lié à l’achat groupé.
  • Les coûts fixes sont réduits à leur plus strict minimum, le modèle est variabilisé de manière optimale.
  • Sur certains produits susceptibles de marcher très fort, nous ferons d’abord une sorte de « vente privée » à seulement quelques personnes, à un prix supérieur. Outre le fait de dégager une marge plus forte, nous pensons que cela augmentera le nombre de souscripteurs en organisant une sorte de pénurie.

Le marché, à l’échelle d’un établissement, est stable d’année en année, avec dans notre cas 7 classes de 4ème et 6 classes de 3ème, pour un total d’environ 350 élèves. Il existe peu de concurrents directs, même si une partie non négligeable de nos segments cibles pourrait passer son pouvoir d’achat à la cantine ou dans les machines à boissons ou à snack. Nous estimons à environ 25 francs l’argent de poche des élèves de 4ème, et 35 francs celui des élèves de 3ème.

Notre pire concurrence, en définitive, sera celle des commerces situés entre l’établissement et l’arrêt des cars scolaires. Nous pensons pouvoir la contourner en proposant de meilleurs tarifs et par la sélection de produits en phase avec les attentes de la cible, que nous connaissons intrinsèquement.

Nous prévoyons de recruter quelques « ambassadeurs« , leaders de tendance ou personnalités fortes dans chacune des classes de l’établissement. Ceux-ci animeront leur petite communauté et relaieront nos offres. Ils seront intéressés au résultat par des cadeaux voir un peu d’argent. Mais surtout, ils seront fiers de faire partie de l’aventure. Nous lancerons aussi nos produits un peu avant leur mise en vente, en une sorte de version alpha commerciale, pour voir si le bruit se propage un peu.

Nous avons à ce jour déjà réalisé plusieurs ventes, avec succès, et sommes en passe de contacter les 2 autres collèges de la ville pour leur proposer de diffuser nos produits, en bénéficiant ainsi de tarifs encore meilleurs et de notre connaissance de ce métier. Nous garderons 15% des profits de chaque établissement. La clé du succès pour les semaines à venir est l’identification des bons produits, la négociation avec les fournisseurs, et la mise en place d’un système permettant de mieux identifier et segmenter nos clients.Nous envisageons aussi la possibilité de faire de la location de certains objets (consoles de jeu, jeu de sociétés, cassettes vidéo, pistolet ou mitraillette à billes…).

Côté argent, nous réalisons en général 4 francs de bénéfices sur un produit à 10 francs. Nous pensons pouvoir atteindre 30 ou 40 ventes par semaine, sur les 35 semaines de l’année scolaire.

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Au-delà de l’aspect marrant de ce post typique d’un vendredi :), il est intéressant tout de même de noter :

  • que c’est un vrai bon exercice de se forcer à écrire un executive-summary sur autre chose que son business, juste pour la forme et la façon de rédiger
  • que vraiment ces premières expériences « forment » des entrepreneurs futurs et qu’il faut vraiment amener les collégiens à expérimenter des choses par eux-mêmes
  • et que ce premier « déclencheur entrepreneurial » peut prendre tout un tas de forme, à n’importe quel âge : de la vente sur les marché, la tenue d’un stand à la kermesse, le lavage de voiture des voisins, la tonte de pelouse (j’ai pas mal donné de ce côté là aussi), …

Et vous, quel a été votre déclencheur ?

11

  1. Excellent, j’achète !!
    :)

  2. Wahou, belle aventure si jeune!

    Ca a fini comment?

    • Mal, on s’est fait dénoncer, et mon partenaire de l’époque et moi on a fini par copier des lignes de l’ancien testament et à balayer la cour pendant 1 mois :) Partners in crime, comme dirait Laurent :)

    • Et puis c’est romancé, là. En fait on vendait surtout des armes, des pétards, des bouquins de charme et des jeux vidéos. Jeux, Sexe, Armes : des secteurs porteurs de tout temps. D’ailleurs, beaucoup des beaux entrepreneurs web d’aujourd’hui ont commencé dans le minitel rose !

  3. Et dire que je n’osais pas détailler mon premier business et quelle suprise de constater que la plupart des entrepreneurs (propres sur eux :) ) ont fait leurs premières armes dans le borderline :)

    La conclusion des ces posts croisés est double :
    – Le sexe fait vendre
    – Commence là où tu peux vendre

  4. « Ils sont donc en recherche de produits ou services adaptés à leur bourse » …

  5. haha, moi ça a commencé plus tard, au lycée :
    L’investissement a consisté dans l’achat d’un graveur de CD. On avait une offre très concurrentielle dans un marché dominé par la fnac :)

    • J’ai eu cette activité aussi, armé en plus d’un scanner. A l’époque, c’était 4 francs de coûts pour 20 francs de prix de vente final, avec quelques heures de dur labeur à reconnecter régulièrement l’offre illimitée d’AOL à 99 francs, qui coupait toutes les 30 minutes :)

  6. Moi aussi, j’ai eu ce genre de petits business …
    On vendait une pâte tendre et odorante à fumer. Un vrai délice. La marge se faisait seulement en nature au sein d’un système coopérativiste.
    Il y a prescription désormais, mais ce business juteux aurait pu tous nous envoyer en taule pour quelques mois.

  7. Pour ma part, c’est en vendant des images de « Dragon Ball Z » en primaire que j’ai fait mes premières armes. Je les imprimais puis les compilais dans un catalogue de vente. C’était fou ce que les jeunes étaient près à payer pour placarder San goku et sa clique sur les murs de leurs chambres.

  8. Sympa comme histoire! c’est vrai qu’en y repensant on attrape la fibre très très tôt !

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