Petits crimes entre associés

Les problèmes auxquels peut être confronté un entrepreneur sont tous solubles d’une manière ou d’une autre, ils demandent néanmoins plus ou moins d’énergie, d’astuce et de travail pour y parvenir. De mon humble expérience, les problèmes entre associés sont de loin les plus « touchy » et beaucoup d’entreprises ne survivent pas forcément à une guerre des chefs. Alors, comment éviter les problèmes entre associés ? Voici quelques (mais pas toutes) classiques. OK, c’est toujours plus facile à dire qu’à s’appliquer (à commencer par moi !).

 

  • Penser en % de parts plutôt qu’en implication et en risque. Au moment de répartir le capital initial ou au moment de faire entrer un nouvel , réfléchissez bien à quelle sera la part imputable à chacune dans la réussite de l’entreprise. Même surtout entre amis, il ne faut pas « offrir » des parts sociales sans rien en retour, ou juste en pensant que l’autre est quelqu’un d’intègre et qu’il ne va pas juste prendre ce qu’on lui donne et ne pas faire sa part du boulot ensuite. Même si ça peut paraître horrible dit comme cela, protégez-vous en premier. Ensuite, pensez aux autres !
  • S’associer pour ne pas embaucher. C’est très tentant, au début d’une aventure lorsque les valorisations d’entreprise ne sont pas très élevées, de vouloir aller un peu plus vite que ce que ses moyens financiers ne permettent. On est prêt à échanger quelques pourcents contre un système d’informations, contre sa plaquette et son site Internet, contre des travaux dans un magasin… parce qu’on n’est pas prêt à payer en espèces sonnantes et trébuchantes.
    Le seul soucis, c’est que la personne que l’on fait ainsi entrer au capital ne voit pas les choses du même angle : il s’agit pour elle d’un cadeau sacrifice. Cela va même contre nature, puisque la plupart du temps il s’agit de personnes étant fondamentalement salariées et pas actionnaires. Leur engagement à long terme ne sera jamais celui auquel on s’attend, et pire, le travail effectué ne sera pas suivi d’un après-vente de bonne qualité…
  • Se passer d’accord écrit. On est copains, on ne gagne pas d’argent, on a tout intérêt à ce que ça marche, on va dans la même direction… pas besoin d’un contrat ou pacte d’associés entre nous ! Hmmm… Hé bien justement, SI ! Un pacte d’associés et un passage par la case « conseil juridique » s’impose, pour prévoir les cas de désaccord qui ne manqueront pas d’arriver. Si les premiers mois font office de lune de miel, très vite chacun veut modeler l’entreprise à son image et l’amener là où il souhaite. Les différences de contexte familial ou social jouent très rapidement leur rôle et font dévier les associés de leur « ligne commune ». Les tensions arrivent et tout peut vite se bloquer si les règles n’ont pas été définies avant.
  • Ne pas envisager la sortie. Et plus globalement ne pas discuter des motivations profondes de chacun. C’est sûr, au départ, tout le monde est un peu myope et se focalise sur l’objectif à court terme : mettre au point le produit, trouver des fonds, installer physiquement l’entreprise, embaucher les premiers salariés… Mais chacun a rapidement ses propres envies : accoler la startup à un plus gros groupe, faire des acquisitions, partir à l’international, se mettre à mi-temps pour jouer au golf, lancer une autre entreprise… Il est important de prévoir une stratégie de sortie : c’est toujours plus facile de se motiver lorsque la fin de l’histoire est déjà un peu balisée.
  • Surestimer l’amitié. Je n’ai pas besoin de creuser plus ici, tout le monde aura compris ! Surtout si c’est (ce sont) des amis, professionnalisez vos relations au maximum. Et sachez tracer une ligne entre les moments de travail et ceux d’amitiés !
  • « Qui se ressemble s’assemble ». Si c’est (peut-être) vrai en amour… c’est totalement faux en affaires ! Une équipe est forte car complémentaire. Deux experts marketing dans la même équipe et c’est sûr, votre plaquette commerciale sera tâchée de sang… cherchez donc l’équilibre et la diversité pour ne pas vous marcher sur les pieds dans quelques mois !
  • Partager à 50/50. Dans une boite, il faut 1 patron. Même la situation de deux patrons et d’un petit actionnaire « neutre » faisant office de décideur en dernier recours n’est pas tenable. Si dès le départ aucun des deux ne souhaite laisser l’autre diriger et se consacrer à ses attributions propres, alors qu’il n’y a finalement aucun enjeu financier ou de prestige, imaginez ce qu’il adviendra avec des montants d’argents augmentés de quelques zéros…

Même si ce post peut sembler un peu noir, il n’en est rien. L’ reste pour moi le meilleur moyen d’avancer, il faut juste bien prendre ses précautions avant. Et vous, quel est votre mode de fonctionnement avec votre (vos) associé(s) ?

Crédit photo : Lumaxart

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3 réponses à “Petits crimes entre associés”

  1. Excellent article!! Notamment le passage du pacte d’associé… il m’est arrivé une mésaventure de ce genre, bien heureusement, rien n’était signé! La personne choisie pour être mon associé refusait de signer un pacte d’associé pour des raisons plutôt obscures et avec du recul sans fondement… La confiance n’exclut pas le contrôle.

    Je ne peux qu’approuver ces conseils et tout entrepreneur sain d’esprit comprendra ces conseils.

  2. Excellent conseils pour ceux qui sont tentés de monter une boite !

    Pour moi c’est déjà tard, je suis dans le pétrin avec mon associté.

    bien a vous

  3. Une fois de plus, Guilhem a raison…
    J’ajouterais un ou deux points :
    1. C’est extrêmement dur de trouver quelqu’un qui corresponde à ces critères. De mon côté, ça a pris 6 mois, et 10 négociations.
    2. ce n’est pas du temps perdu ! C’est le temps de maturation dont a besoin votre projet pour être 100% crédible.

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